Depuis la fin des années 1990, je m’invite dans les entrailles du monde du travail et retrace à travers des films, objets et performances l’expérience d’un corps en immersion dans des lieux clos, souvent inaccessibles au grand public.
Attentive aux mouvements de circulation des hommes, des marchandises et des valeurs boursières, j’ai déployé mon travail autour de la notion de flux, qu’il soit matériel ou immatériel. Après mes études aux Arts Décoratifs de Strasbourg, j’ai développé une recherche autour du corps dans l’espace public que je rend visible à travers des gestes furtifs, néanmoins tangibles. J’observe, je piste, voire même je dévie la trajectoire des travailleurs, piétons et consommateurs pour faire apparaître les traces de leurs actions conditionnées. Mon passage aux ateliers des Laboratoires d’Aubervilliers renforce mes affinités avec la danse contemporaine et la performance, auxquelles s’ajoute mon inclination pour la sociologie, l’ergonomie et l’urbanisme.
Après les chantiers de voirie, les gares, les rayonnages de supermarché et les carrefours urbains, j’ai ouvert les portes de territoires plus complexes et difficiles d’accès pour remonter à la source des phénomènes que je retranscris. Les infiltrations spontanées et clandestines des premières années se transforment en de longues périodes d’immersions que je crée à ma mesure, souvent en marge des réseaux artistiques existants.
Des espaces collectifs de négociation à l’organisation intime d’un bureau, mes zones d’investigation touchent au cœur des rouages du monde du travail et de son économie sous-jacente. Mes films et performances sont le fruit d’une lente observation de lieux fonctionnels, révélant aussi bien les gestes de manutention d’un archiviste que l’architecture intérieure des salles de réunion d’une entreprise, d’une banque à Amsterdam, ou d’un port pétrolier et gazier.